- Accueil
- Lutte de Classe n°54
- Les radicaux de gauche : un petit parti qui intéresse les gros
Les radicaux de gauche : un petit parti qui intéresse les gros
Un congrès extraordinaire du Mouvement des Radicaux de Gauche s'est tenu les 20 et 21 mai derniers, pour élire un nouveau président au Mouvement en remplacement de Robert Fabre. Celui-ci, on s'en souvient, s'est empressé de démissionner de son poste dès l'annonce de l'échec de l'Union de la gauche aux dernières élections législatives. Fabre se met en réserve.
Certes les dernières élections n'ont pas été un succès pour les Radicaux de Gauche : sur 115 candidats présentés, ils recueillent un peu plus de 600 000 voix, ils perdent trois sièges de députés et n'en ont désormais plus que 10. Voilà ce que représente dans le pays ce petit groupe de politiciens bourgeois et de notables que sont les Radicaux de Gauche. Et le congrès a été l'occasion pour la majorité des délégués et militants présents d'exhaler leur rancoeur devant le peu de succès de leur politique électorale. Les appels au calme et à la dignité de Robert Fabre n'ont pas réussi à calmer les débats et notamment le président de séance Maurice Faure a dû quitter la salle sans même achever sa dernière intervention sous les moqueries des uns qui appelaient à plus de considération pour « les espèces en voie de disparition » et les huées des autres qui le traitaient carrément de « vendu » aux socialistes.
Le problème essentiel de ce congrès était, au-delà du lavage de linge sale, de définir la politique à venir dans les prochaines élections : fallait-il continuer l'entente privilégiée avec le Parti Socialiste, dans le camp de l'Union de la gauche comme précédemment, avec le succès que l'on connaît, ou bien fallait-il reprendre sa liberté et son autonomie ce qui signifie se donner la possibilité de négocier les sièges et les désistements localement cas par cas, dans la bonne vieille tradition radicale, à droite et à gauche en fonction de ce qui offre le plus de chances de succès, retrouver la place qui est traditionnellement celle des radicaux, parti à « la charnière de toutes les majorités possibles ».
C'est le maire de La Rochelle, Michel Crépeau, partisan de continuer l'alliance privilégiée avec le PS au sein de l'Union de la gauche qui l'a emporté finalement par 722 mandats contre 499 sur son principal adversaire Maroselli, maire de Luxeuil. Mais ce choix que vient ainsi de faire la majorité des Radicaux de Gauche ne garantit en rien pour autant la politique que suivront en la matière et l'une et l'autre tendance. Les minoritaires, sous prétexte de retrouver leur indépendance du Parti Socialiste semblent surtout pressés de quitter une boutique bien peu rentable pour aller voir ailleurs si la soupe y est meilleure. Déjà à l'annonce du succès de Crépeau, Manuel Diaz, le maire de Millau, le principal bailleur de fonds du Mouvement, a décidé de cesser son effort financier et de fermer le siège du Mouvement rue de Grenelle. On risque fort d'ici les élections de 1981 de voir d'autres notables de ce mouvement suivre Maroselli et même peut-être Robert Fabre malgré toutes ses déclarations sur ses sentiments de gauche, ailleurs qu'au MRG, si l'odeur de la soupe se fait plus alléchante dans la boutique d'en face, au cas où par exemple, Giscard préciserait ses propositions d'ouverture à leur égard.
Mais il serait aussi bien aventureux de parier sur la voie que suivra la majorité du MRG, ni qu'ils resteront encore longtemps liés au PS. Crépeau et ses partisans l'avouent eux-mêmes, n'ont choisi l'alliance avec le PS et l'Union de la gauche qu'en fonction d'un raisonnement strictement parallèle à celui de la minorité et tout aussi alimentaire pourrait-on dire. Uniquement parce qu'ils estiment que cette alliance est nécessaire au MRG pour avoir des élus. Autrement dit, s'il était possible d'avoir des élus et des postes gouvernementaux par ailleurs, c'est-à-dire en s'alliant avec la droite ou le centre, peut-être reconsidéreraient-ils les choses d'un autre oeil. Et peut-être même verrait-on Fabre reprendre la tête du parti pourtant divisé aujourd'hui, et refaire l'unanimité pour rejoindre la droite, cela bien sûr au cas où l'ouverture des giscardiens se préciserait à leur égard.
er tour pour le MRG. Et il faut croire que la voie étroite proposée par JJ-SS entre l'UDR et l'Union de la gauche paraissait sans doute moins prometteuse à Fabre que le marché proposé par Mitterrand puisqu'il accepta ce dernier. Et il est vrai que grâce aux voix du PS et aussi à celles du Parti Communiste, par le jeu des désistements réciproques au deuxième tour, le MRG réussit à obtenir treize élus en 1973, alors que les radicaux valoisiens de JJ-SS n'en obtenaient que huit.
En 1978, un accord du même type a fonctionné entre le Parti Socialiste et le MRG. Ce dernier présentait 115 candidats, dont 31 bénéficiaient de l'investiture du PS ; c'est ainsi que 10 députés MRG ont été élus. C'est peu mais encore plus que le groupe schreibérien qui n'a plus que 7 élus.
Voilà sur quelles « bases politiques » le MRG de 1972 à 1978 s'est développé et renforcé au travers des différentes élections ; jeunes loups ambitieux et politiciens bourgeois de la vieille école ont afflué ces dernières années au rythme des élections attirés par l'odeur du pouvoir, et l'espoir de la venue au gouvernement de l'Union de la gauche n'était sans doute pas pour rien dans leur vocation soudaine à adhérer au MRG. Sur les 200 conseillers généraux que compte le MRG dans ses rangs, 96 ont été élus en mars 1976 et plus de 10 000 conseillers municipaux ont été élus aux dernières municipales.
Voilà qui explique peut-être plus que toutes les déclarations politiques des uns et des autres, pourquoi la majorité du MRG tient malgré tout à rester liée au PS et au sein de l'Union de la gauche, même si l'échec des législatives en décourage certains.
Mais ce qui est peut-être moins évident, ce sont les raisons qu'ont les partis de gauche PC et PS à passer alliance avec de tels politiciens, avec un tel parti si peu implanté et qui a si peu de voix qu'il a besoin de l'appui du PS pour pouvoir faire élire quelques-uns de ses candidats.