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Deux conférences internationales
Ainsi que tous les ans, nous avons organisé dans le courant du mois d'octobre une conférence internationale ouverte aux organisations qui se réclament de la révolution prolétarienne. Elle était la septième conférence de ce genre. Huit organisations ont participé à cette conférence : Lotta Communista et Lotta di Classe (Italie), International Socialism et International Communist League (Grande Bretagne), Combat Ouvrier (Antilles), Spark (USA), Union Africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes (émigration africaine en France) et Lutte Ouvrière.
Cinq sujets ont été débattus au cours de la conférence. Lutte Ouvrière a présenté trois rapports respectivement sur la situation politique en France, sur la situation en Espagne, enfin un bilan sur les événements au Portugal. Lotta Communista de son côté a présenté deux rapports, l'un consacré à la situation en Italie, l'autre intitulé « la situation internationale et le cycle des luttes de classes dans les métropoles impérialistes ».
La confrontation sur ces différents problèmes - confrontation qui a mis en lumière à la fois des divergences d'appréciation sur les situations en Espagne et au Portugal, et des divergences politiques sur l'attitude des révolutionnaires à l'égard des grands partis réformistes - a été suivie d'un tour de table à l'occasion duquel chaque organisation faisait un court bilan de son activité de l'année écoulée.
Lutte Ouvrière a été partie prenante dans l'organisation d'une autre conférence internationale, tenue dans le courant du mois de novembre ouverte aux organisations trotskystes.
Cette conférence fait suite à l'adresse au mouvement trotskyste signée par Lutte Ouvrière, Spark, Combat Ouvrier et l'UATCI. Dans cette adresse (cf Lutte de Classe n° 34 février 1976) les signataires invitaient toutes les organisations trotskystes reliées ou non à l'un des organismes internationaux existant, à une rencontre qui se donnerait pour but la mise en place d'un cadre de discussion et de travail en commun.
En lançant cette invitation, les signataires n'espéraient bien évidemment pas pouvoir réunir, par la grâce d'un seul appel et par on ne sait quel miracle, tous les courants du mouvement trotskyste international autour d'une même table. Mais ils tenaient avant tout à faire un geste politique en direction de l'ensemble du mouvement trotskyste. Ce dernier est divisé, émietté à l'échelle internationale comme à l'intérieur de la plupart des pays, entre plusieurs courants vivant des vies organisationnelles indépendantes et en général concurrentes. Non seulement il n'existe ni une organisation internationale dont les différents courants trotskystes acceptent la discipline, ni une direction internationale dont ils puissent accepter l'autorité, mais de plus les différents courants ignorent mutuellement, quand ils ne sont pas en état d'hostilité déclarée.
Les signataires estiment que, quelles que soient les divergences, il est à la fois possible et nécessaire pour les différents courants de confronter leurs expériences ainsi que leurs positions politiques et de faire ensemble tout ce qu'il est possible de faire ensemble. Cela est possible à condition d'avoir un certain sens des responsabilités non pas seulement à l'égard de son propre courant, mais envers l'ensemble du mouvement. Cela est nécessaire car quelque soit l'idée que l'on puisse se faire sur les voies de la reconstruction d'une direction internationale unique et reconnue par tous, il est évident que l'absence de relations, d'échanges et de confrontations ne peut que rendre la tâche plus difficile.
Les signataires tenaient donc à attirer l'attention du mouvement trotskyste sur ce problème, entamer le débat sur cette question. Ils ont en même temps fait la proposition concrète de mettre en place précisément un cadre organisationnel permanent permettant la discussion politique, la confrontation des expériences et la coopération.
Deux réunions exploratoires ont été tenues pour préparer la conférence, les quatre groupes signataires de l'adresse ayant voulu donner la possibilité à tous les groupes qui voulaient bien s'associer à l'initiative de pouvoir le faire. De sorte que la conférence, destinée à décider de la mise en place d'un cadre permanent, a été organisée par six groupes : CO, UATCI, Spark, LO, ICL, Lega Communista. Cette dernière a décidé, en cours de conférence, de décliner sa qualîté d'organisateur pour celle d'observateur.
Outre ces six groupes, ont participé également à la conférence, en observateurs : le GBLI (Italie), IKL (Autriche), Tendance Spartaciste Internationale et un représentant du Secrétariat Unifié.
Dans la première partie de la conférence, fut débattue et décidée la création d'un comité de liaison international. Cinq des organisations présentes en ont décidé la formation. Elles ont voté des règles de fonctionnement (cf Annexe) correspondant à l'état actuel des relations entre les groupes en question, modifiables, ainsi qu'il est précisé, en fonction d'accords politiques et programmatiques plus poussés et en fonction de la capacité des groupes de discuter de leurs activités respectives.
La deuxième partie de la conférence fut consacrée à la discussion d'un certain nombre de problèmes politiques, à savoir : les raisons de la crise de la IVe Internationale et la situation au Portugal (présenté par Lutte Ouvrière), la situation en Italie (présenté par Lega Communista), la question irlandaise, (présenté par ICL).
L'ICL a soumis à la conférence deux motions, dont l'une protestant contre l'utilisation de la calomnie dans le mouvement trotskyste (cf ci-dessous), a été votée par la conférence. L'autre, consacrée à la lutte nationale en Irlande, n'a pas été retenue.
Cinq organisations qui s'associent à la création d'un « cadre permanent de discussion et de collaboration » c'est évidemment peu. Le cadre mis en place permet simplement aux organisations qui en font partie - et aux observateurs éventuellement - d'établir entre elles un certain type de relations que l'ostracisme des organismes internationaux à légard des groupes qui ne sont pas sur leurs positions ne permet pas d'établir dans un autre cadre. Mais il est évident que la confrontation loyale des expériences et des politiques entre différents courants trotskystes, que nous souhaitons, ne pourra se faire, ni exclusivement, ni principalement, dans ce cadre s'il reste ainsi limité.
Le fait que la plupart des courants trotskystes ne se sentent pas concernés sinon par le cadre que nous avons proposé, du moins par les préoccupations qui sont les nôtres, reflète très exactement la situation du mouvement trotskyste et démontre, malheureusement par la négative, la nécessité de multiplier les initiatives dans le sens de l'établissement de relations débarrassées du sectarisme au sein du mouvement trotskyste. Nous avons l'intention de continuer dans ce sens.
Les suites de nos propositions de politique unitaire en direction de l'ensemble du mouvement trotskyste ne se limitent d'ailleurs pas à la seule conférence trotskyste. C'est l'adresse au mouvement trotskyste, à l'origine de cette conférence, qui est également à l'origine d'un début de dialogue avec le Secrétariat Unifié. Ce dialogue se concrétise aujourd'hui par un certain nombre de propositions du SU à partir desquelles une collaboration unitaire de nos deux courants est possible.