WEBVTT

1
00:00:27.040 --> 00:00:31.090
Bonjour. Je vais vous parler 
de la Commune de Paris. 

2
00:00:31.090 --> 00:00:34.530
On célèbre aujourd’hui les 150 ans de 
la Commune, qui a commencé le 18 mars  

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00:00:34.530 --> 00:00:38.690
1871. Ça a été un événement fondamental pour le 
mouvement ouvrier.

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00:00:38.690 --> 00:00:43.590
C’était la première fois dans l’histoire 
que des travailleurs exerçaient le pouvoir. Un  

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00:00:43.590 --> 00:00:47.850
gouvernement comme on n'en avait encore jamais 
vu, au service de la majorité de la population,  

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00:00:47.850 --> 00:00:53.940
à commencer par les plus pauvres, au lieu de servir uniquement les intérêts de la minorité qui vit

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00:00:53.940 --> 00:00:56.700
en exploitant les autres.
Alors on aurait voulu  

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00:00:56.700 --> 00:01:03.810
consacrer une réunion du Cercle Léon Trotsky à cet 
anniversaire, mais comme ce n’est pas possible,  

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00:01:03.810 --> 00:01:05.700
d'une part, on va éditer le texte, sous  

10
00:01:05.700 --> 00:01:09.810
forme de brochure ; et puis je vais 
faire ici une petite présentation de  

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00:01:09.810 --> 00:01:13.080
la Commune et des raisons pour lesquelles elle est si importante à nos yeux.

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00:01:13.980 --> 00:01:20.040
La Commune commence donc en mars 1871, dans 
des circonstances tourmentées. C'est la fin du règne de  

13
00:01:20.040 --> 00:01:27.480
Napoléon III. Il a duré de 1851 à 1870. 
Il s’achève par une guerre que Napoléon  

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00:01:27.480 --> 00:01:32.280
lui-même a provoquée contre la Prusse, dans l'espoir de redorer sa couronne de plus en  

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00:01:32.280 --> 00:01:41.250
plus critiquée. La Prusse, c'est cet Etat en train d'unifier l'Allemagne derrière lui. Mais les choses ne se passent pas 
du tout comme Napoléon l'a prévu : en quelques semaines

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00:01:41.250 --> 00:01:48.840
à peine, l’offensive se transforme en débâcle. Le 2 septembre, 
Napoléon est fait prisonnier avec toute son armée  

17
00:01:48.840 --> 00:01:56.550
à Sedan et il capitule. L’armée prussienne occupe 
l’est de la France et marche sur Paris.  

18
00:01:56.550 --> 00:02:01.320
Aussitôt la nouvelle connue, dans les grandes 
villes de France, on prononce la déchéance de l’empereur,  

19
00:02:01.320 --> 00:02:06.120
et on proclame la république.
La république, ce n’est pas du tout quelque chose  

20
00:02:06.120 --> 00:02:10.949
d’acquis à l’époque. C’est seulement 
la troisième fois qu’il y a une république en France  

21
00:02:10.949 --> 00:02:16.200
et les deux précédentes n’ont duré que quelques 
années. La première fois, c'était au moment de la Révolution  

22
00:02:16.200 --> 00:02:22.950
française et la deuxième, au moment de la révolution 
de 1848. Dans les deux cas, la république  

23
00:02:22.950 --> 00:02:26.820
avait été proclamée après une insurrection, 
l’irruption sur la scène politique des classes populaires.

24
00:02:26.820 --> 00:02:34.950
Mais la bourgeoisie au 
pouvoir ne pouvait pas accepter longtemps de rester sous la menace des travailleurs en armes.

25
00:02:34.950 --> 00:02:41.957
Et puis, pas question que les classes populaires se mêlent du gouvernement et de l'organisation de la société !

26
00:02:41.957 --> 00:02:47.300
Alors, dans les deux cas, les travailleurs avaient été désarmés, 
réprimés sans pitié,

27
00:02:47.300 --> 00:02:51.570
quitte à ce que la république cède de nouveau 
la place à des monarques dans la foulée. 

28
00:02:51.570 --> 00:02:58.050
Tout au long du 19ème siècle, la bourgeoisie a 
gardé cette peur panique des faubourgs populaires,  

29
00:02:58.050 --> 00:03:00.283
des « classes dangereuses » 
comme elle les appelait. 

30
00:03:00.412 --> 00:03:06.927
Eh bien, d’une certaine façon, même si l’histoire 
ne se répète pas à l’identique, en 1870,

31
00:03:06.927 --> 00:03:13.080
c’est le même problème qui se repose. On acclame de nouveau la république, mais pour la bourgeoisie  

32
00:03:13.080 --> 00:03:19.140
et pour le prolétariat, ça ne veut pas du tout dire la 
même chose. Pour les prolétaires, la république  

33
00:03:19.140 --> 00:03:25.080
doit être sociale, égalitaire, elle est censée 
défendre le peuple. Tandis pour la bourgeoisie, il  

34
00:03:25.080 --> 00:03:29.970
s'agit seulement de défendre les intérêts 
des possédants. C’est cet antagonisme entre  

35
00:03:29.970 --> 00:03:36.429
les classes qui va provoquer la rupture,
l’affrontement, et donner naissance à la Commune.
 

36
00:03:37.233 --> 00:03:40.410
Sous le règne de Napoléon III, Paris est 
devenue la troisième ville du monde,  

37
00:03:40.410 --> 00:03:43.620
avec presque 2 millions d’habitants, 
dont une bonne moitié de travailleurs. 

38
00:03:43.620 --> 00:03:49.770
Les entreprises parisiennes sont en majorité 
de petites entreprises. Le prolétariat est  

39
00:03:49.770 --> 00:03:56.850
encore peu développé. Par contre, de larges couches de la 
petite bourgeoisie, artisans et boutiquiers, sont  

40
00:03:56.850 --> 00:04:01.140
en train de « tomber dans le prolétariat » comme 
dit Marx, ruinés par la concurrence de l’industrie  

41
00:04:01.140 --> 00:04:05.790
capitaliste et la mainmise sur l’économie de la 
grande bourgeoisie, qui a prospéré sous Napoléon. 

42
00:04:06.562 --> 00:04:11.370
Paris, c’est donc près d’un million de 
travailleurs en comptant femmes et enfants,  

43
00:04:11.370 --> 00:04:15.390
dont beaucoup travaillent aussi dans 
les fabriques. Outre les ouvriers,  

44
00:04:15.390 --> 00:04:21.870
les artisans et les petits commerçants, il y a aussi des employés de la poste, de la voirie, des chemins de fer ;  

45
00:04:21.870 --> 00:04:27.750
beaucoup d’ouvriers du bâtiment, surtout avec les 
travaux du préfet Haussmann dans les années 1860,  

46
00:04:27.750 --> 00:04:32.960
qui transforment la capitale et accentuent la 
division entre quartiers riches et quartiers populaires.

47
00:04:32.960 --> 00:04:37.800
Il y a aussi les concierges, 
les bonnes, les nourrices... Tous habitent  

48
00:04:37.800 --> 00:04:43.092
dans les mêmes quartiers populaires : Montmartre, 
Belleville, Charonne, La Villette et d’autres. 

49
00:04:43.092 --> 00:04:47.118
Les dernières années ont connu un progrès de la combativité ouvrière,

50
00:04:47.118 --> 00:04:51.440
des grèves et de l’organisation. 
Les coopératives, les chambres syndicales,  

51
00:04:51.440 --> 00:04:55.970
les associations qui préfigurent les partis 
ouvriers se développent. Et plusieurs  

52
00:04:55.970 --> 00:04:59.496
tendances du mouvement socialiste gagnent de 
l’influence.

53
00:04:59.496 --> 00:05:03.239
Parmi ces tendances, il y a notamment des blanquistes,

54
00:05:03.239 --> 00:05:06.980
membres de sociétés secrètes, 
révolutionnaires convaincus que des petits  

55
00:05:06.980 --> 00:05:11.300
groupes d’hommes déterminés doivent prendre 
le pouvoir au nom des classes populaires,  

56
00:05:11.300 --> 00:05:17.210
mais pas en s’appuyant sur elles. Blanqui 
lui-même, toute sa vie, a enchaîné des tentatives  

57
00:05:17.210 --> 00:05:22.640
insurrectionnelles… et des séjours en prison.
Il y a aussi les proudhoniens. Proudhon, lui,  

58
00:05:22.640 --> 00:05:26.120
n’est pas un révolutionnaire. Son 
socialisme dénonce le capitalisme  

59
00:05:26.120 --> 00:05:31.520
surtout au nom des petits propriétaires. 
Il défend la liberté d’entreprendre et,  

60
00:05:31.520 --> 00:05:35.930
dans une certaine mesure seulement, les 
coopératives ouvrières pour échapper à  

61
00:05:35.930 --> 00:05:41.000
la concurrence des grandes entreprises. En fait 
il rêve d’arrêter le cours de l’histoire ! Mais  

62
00:05:41.000 --> 00:05:46.864
ses idées sont populaires à Paris, justement dans 
la petite bourgeoisie menacée de prolétarisation. 

63
00:05:46.864 --> 00:05:52.850
Le socialisme scientifique de Marx, en 
revanche, est encore marginal. Marx lui-même,  

64
00:05:52.850 --> 00:05:57.410
par contre, est l’un des dirigeants de 
l’Association Internationale des Travailleurs,  

65
00:05:57.410 --> 00:06:04.340
la Première Internationale, qui a été fondée à 
Londres en 1864. L’Internationale regroupe des  

66
00:06:04.340 --> 00:06:10.310
militants de différentes tendances, de plusieurs 
pays, qui peuvent confronter leurs idées. Elle affirme  

67
00:06:10.310 --> 00:06:15.050
la nécessité de l’émancipation des travailleurs 
par les travailleurs eux-mêmes, et ses adhérents  

68
00:06:15.050 --> 00:06:20.900
créent des sections nationales et locales dans 
les villes ouvrières : en France à Paris, Lyon,  

69
00:06:20.900 --> 00:06:25.675
Marseille, Saint-Etienne, Lille, Le Creusot et 
d’autres villes encore.

70
00:06:25.675 --> 00:06:31.760
Pour les riches, l'Internationale devient le coupable idéal : on l’accuse des grèves et de l’esprit de révolte

71
00:06:31.760 --> 00:06:37.010
des travailleurs. En trois ans, on 
intente trois procès contre elle à Paris…

72
00:06:37.010 --> 00:06:41.734
avec pour seul résultat d'accroître sa popularité.

73
00:06:41.734 --> 00:06:45.825
Quand  la république est proclamée, un souffle de liberté gagne le pays,

74
00:06:45.825 --> 00:06:51.272
avec des clubs politiques, des journaux, une volonté dans la population de prendre son destin en main

75
00:06:51.432 --> 00:06:56.997
D'autre part, la situation est tellement catastrophique, avec l'armée prussienne qui s'apprête à assiéger Paris,

76
00:06:56.997 --> 00:07:02.580
qu’on appelle tous les électeurs à entrer dans un corps armé particulier, la Garde 
nationale.

77
00:07:02.580 --> 00:07:09.633
À l’origine, la Garde nationale c’était une sorte de milice bourgeoise, 
qui servait surtout à maintenir l’ordre ;

78
00:07:09.633 --> 00:07:13.893
elle avait réprimé la révolution en Juin 1848 
par exemple.

79
00:07:13.893 --> 00:07:16.909
Mais là, on l’élargit à toute la population et, parallèlement,

80
00:07:16.909 --> 00:07:20.726
on lance une 
souscription pour fabriquer de nouveaux canons.

81
00:07:20.726 --> 00:07:24.661
À Paris, organisée sur la base des 
arrondissements,

82
00:07:24.661 --> 00:07:28.863
la Garde nationale se retrouve composée d’une immense majorité de travailleurs.

83
00:07:28.863 --> 00:07:36.396
215 de ses bataillons sur 240 sont issus des quartiers populaires et elle 
compte plusieurs centaines de milliers d’hommes.

84
00:07:36.396 --> 00:07:41.976
À la différence de l’armée, elle a en outre la 
particularité d’élire elle-même ses officiers.

85
00:07:41.976 --> 00:07:47.188
Elle reflète donc l’état d’esprit des prolétaires, 
qui élisent des officiers républicains

86
00:07:47.188 --> 00:07:50.351
et même, de plus en plus souvent, des socialistes.

87
00:07:50.351 --> 00:07:54.866
Dès le 4 septembre, les bourgeois se sont précipités à l’Hôtel de Ville

88
00:07:54.866 --> 00:08:01.419
pour former un gouvernement provisoire et prendre de 
vitesse les républicains les plus radicaux et les socialistes.

89
00:08:01.419 --> 00:08:05.492
Pas question de laisser le 
pouvoir aux mains des quartiers ouvriers.

90
00:08:05.492 --> 00:08:10.710
Les bourgeois forment donc un gouvernement dit de la 
Défense nationale, avec un général à sa tête.

91
00:08:10.710 --> 00:08:15.184
En fait, ce gouvernement n’a pas du tout l’intention 
de continuer la guerre.

92
00:08:15.184 --> 00:08:18.427
Il a moins peur des Prussiens que du prolétariat en armes.

93
00:08:18.427 --> 00:08:22.248
Avec l'Etat prussien, on peut s’entendre, pas avec les travailleurs !

94
00:08:22.248 --> 00:08:28.448
Alors ce nom, « gouvernement de la Défense nationale », c’est une ruse, un moyen de gagner du temps

95
00:08:28.448 --> 00:08:32.760
pour faire accepter 
la capitulation et désarmer les Parisiens.

96
00:08:32.760 --> 00:08:37.049
Au cours des six mois qui séparent la 
proclamation de la République de la Commune,

97
00:08:37.049 --> 00:08:43.931
les travailleurs comprennent peu à peu qu'on les trompe, que le gouvernement est prêt à leur planter un couteau dans le dos.

98
00:08:43.932 --> 00:08:50.206
Lorsqu’un armistice est signé le 
28 janvier 1871, la crise politique s’accélère.

99
00:08:50.206 --> 00:08:54.282
La garde nationale, gagnée par la méfiance puis l'indignation,

100
00:08:54.282 --> 00:09:00.211
se constitue en fédération et élit un Comité central pour représenter ses bataillons.

101
00:09:00.211 --> 00:09:04.353
Elle déclare qu’elle s’opposera à toute tentative de renverser la république,

102
00:09:04.353 --> 00:09:10.102
qu’elle veut « démocratique et sociale », et qu’elle ne se laissera pas désarmer.

103
00:09:10.102 --> 00:09:13.971
Depuis le 19 septembre, Paris est assiégé par les Prussiens.

104
00:09:13.971 --> 00:09:18.065
En plus des bombardements quotidiens, après le rationnement, c’est la famine.

105
00:09:18.065 --> 00:09:22.905
Tandis que les prolétaires doivent se contenter de mauvais pain et mangent même des chiens, des chats et des rats,

106
00:09:22.905 --> 00:09:28.971
les riches ne manquent de rien, on découpe même les animaux du jardin des Plantes dans les boucheries des quartiers chics.

107
00:09:28.971 --> 00:09:33.022
En affamant les Parisiens, le gouvernement veut leur 
faire accepter la paix.

108
00:09:33.022 --> 00:09:40.309
Quant aux rares offensives militaires, côté français, elles consistent à chaque fois à envoyer les soldats au casse-pipe.

109
00:09:41.170 --> 00:09:46.960
Pendant ce temps, une Assemblée nationale est 
élue, composée aux deux-tiers de monarchistes :  

110
00:09:46.960 --> 00:09:51.310
les villes ont voté plutôt républicain, 
mais la paysannerie, dans les campagnes,  

111
00:09:51.310 --> 00:09:56.410
suit encore les propriétaires, les notables 
et les curés. Cette Assemblée nationale,  

112
00:09:56.410 --> 00:10:02.380
où siègent donc fièrement des marquis et des ducs, 
déteste la république et, surtout, le prolétariat  

113
00:10:02.380 --> 00:10:07.922
républicain de Paris. Elle nomme Adolphe 
Thiers à la tête d’un nouveau gouvernement. 

114
00:10:07.922 --> 00:10:13.450
Thiers, c’est est un vieux politicien déjà, un 
ambitieux qui au cours de sa longue carrière a  

115
00:10:13.450 --> 00:10:18.130
démontré plus d’une fois qu’il était du « parti 
de l’ordre » contre les travailleurs. Il veut  

116
00:10:18.130 --> 00:10:24.550
à présent « réduire Paris », ce sont ses mots.
Alors il multiplie les provocations. Il supprime  

117
00:10:24.550 --> 00:10:29.950
la solde des gardes nationaux. Il veut obliger 
les locataires parisiens, les commerçants et  

118
00:10:29.950 --> 00:10:35.904
les artisans, à régler toutes leurs dettes avec 
les intérêts en trois mois. Puis il suspend la  

119
00:10:35.904 --> 00:10:41.813
parution de plusieurs journaux radicaux et fait 
arrêter des socialistes connus, dont Blanqui. 

120
00:10:41.813 --> 00:10:47.110
Enfin, il passe pour de bon à l’offensive, en 
tentant de s’emparer par surprise des canons  

121
00:10:47.110 --> 00:10:53.556
aux mains de la Garde nationale, à Montmartre, 
à Belleville, dans la nuit du 17 au 18 mars.  

122
00:10:53.556 --> 00:10:59.260
Lorsque les Parisiens se réveillent, le matin du 
18 mars, ils sonnent l’alarme. Hommes et femmes se  

123
00:10:59.260 --> 00:11:03.970
rassemblent en nombre autour des soldats et les 
interpellent. Les soldats fraternisent et ils  

124
00:11:03.970 --> 00:11:09.970
arrêtent eux-mêmes un général imprudent qui 
leur a ordonné de tirer sur la foule. La Garde  

125
00:11:09.970 --> 00:11:14.620
nationale ameutée, on dresse des barricades 
et tout Paris entre bientôt en ébullition.  

126
00:11:14.620 --> 00:11:19.600
L’opération de Thiers est un échec.
Thiers, paniqué, quitte la capitale  

127
00:11:19.600 --> 00:11:24.670
en catastrophe pour se réfugier à Versailles où 
siège l’Assemblée nationale. Il entraîne avec  

128
00:11:24.670 --> 00:11:29.470
lui les troupes et gardes nationaux des quartiers 
riches qui lui obéissent encore. Il ordonne aussi  

129
00:11:29.470 --> 00:11:35.140
à tous les employés de l’Etat de le suivre, en 
emportant avec eux tous leurs dossiers, ou alors,  

130
00:11:35.140 --> 00:11:40.825
s’ils restent, de désobéir au Comité central de 
la Garde nationale qui, du côté des insurgés,  

131
00:11:40.825 --> 00:11:45.233
prend alors la situation en mains.
Voilà comment la Commune commence !

132
00:11:45.233 --> 00:11:50.980
Le Comité central annonce immédiatement l’élection 
de la nouvelle municipalité. Pour la population,  

133
00:11:50.980 --> 00:11:56.310
la Commune, cela veut dire la mobilisation générale 
à l’heure du danger. Cela rappelle les grandes  

134
00:11:56.310 --> 00:11:59.970
heures de la révolution française, quand les 
armées étrangères avaient été repoussées,  

135
00:11:59.970 --> 00:12:06.315
quand la monarchie avait été renversée. Contre 
les manœuvres des bourgeois et des monarchistes,  

136
00:12:06.315 --> 00:12:11.940
on revendique la représentation directe du 
peuple. C'est le cas à Paris

137
00:12:11.940 --> 00:12:16.920
mais aussi dans d'autres villes de France, où des tentatives ont lieu aussi, mais sont immédiatement  

138
00:12:16.920 --> 00:12:22.380
réprimées. Les représentants de la bourgeoisie, 
même les républicains modérés, les députés,  

139
00:12:22.380 --> 00:12:26.197
les maires, ne veulent pas entendre parler de ce 
pouvoir populaire.

140
00:12:26.197 --> 00:12:32.309
Alors le prolétariat parisien se retrouve seul avec tout le pouvoir entre les mains,

141
00:12:32.309 --> 00:12:37.674
sans avoir cherché à s’en emparer, sans l'avoir prémédité, mais il l’assume !

142
00:12:37.674 --> 00:12:41.984
Et il met en place ce gouvernement d’un type nouveau qu’on n’avait encore jamais vu.

143
00:12:41.984 --> 00:12:47.223
Les élus de la Commune sont, pour certains, des intellectuels et des petits-bourgeois

144
00:12:47.223 --> 00:12:49.753
proches du peuple, républicains radicaux et socialistes.

145
00:12:49.753 --> 00:12:54.960
Mais il y a aussi, pour la première fois, beaucoup 
d’ouvriers, âgés pour la plupart d’une trentaine  

146
00:12:54.960 --> 00:13:00.180
d’années : des métallurgistes, des typographes, 
ouvriers relieurs, bijoutiers, teinturiers,  

147
00:13:00.180 --> 00:13:06.630
menuisiers. Il y a aussi des employés, quelques 
artisans et boutiquiers. Ces travailleurs élus  

148
00:13:06.630 --> 00:13:12.000
sont pour la plupart des socialistes et près d’un 
tiers sont même adhérents de l’Internationale. 

149
00:13:12.000 --> 00:13:15.990
Prenez Varlin par exemple, l’un des élus 
les plus connus : il a eu la chance de  

150
00:13:15.990 --> 00:13:20.711
recevoir une éducation jusqu’à l’âge de treize ans ;
puis il est devenu apprenti relieur,  

151
00:13:20.711 --> 00:13:25.170
tout en s’engageant dans le mouvement ouvrier. 
Il faisait partie des premiers adhérents de  

152
00:13:25.170 --> 00:13:30.846
l’Internationale à Paris en 1865 et s'est même rendu plusieurs fois à ses congrès.

153
00:13:30.846 --> 00:13:37.023
Il a mené des grèves avec ses camarades de travail au cours desquelles se sont révélées ses qualités d’organisateur.

154
00:13:37.023 --> 00:13:41.974
Il a consacré avec dévouement tout son temps à la classe ouvrière, soutenant les grèves,

155
00:13:41.974 --> 00:13:48.332
y compris au Creusot par exemple, en 1870, où il a aussi contribué à fonder une section de l’Internationale.

156
00:13:48.332 --> 00:13:52.556
Il a participé à la création d’une coopérative ouvrière, La Marmite,

157
00:13:52.556 --> 00:13:56.160
avec une autre militante socialiste, Nathalie Le Mel,

158
00:13:56.160 --> 00:13:59.525
ils ont nourri des familles ouvrières pendant le siège.

159
00:13:59.525 --> 00:14:04.693
Nommé commandant de bataillon de la Garde nationale, Varlin était déjà élu de son Comité central

160
00:14:04.693 --> 00:14:12.000
avant de devenir membre de la Commune. Pour remettre en route les services que le départ de Thiers a sabotés,

161
00:14:12.000 --> 00:14:18.016
la poste, la voirie, les hôpitaux, la police, la Commune met en place des commissions et nomme des responsables.

162
00:14:18.016 --> 00:14:22.862
Varlin et le comptable Jourde sont 
ainsi délégués à la commission des Finances ;

163
00:14:22.862 --> 00:14:28.649
le ciseleur Camélinat est chargé 
de la réorganisation des Postes, puis de la Monnaie ;

164
00:14:28.649 --> 00:14:31.819
deux typographes prennent la tête de l’Imprimerie nationale ;

165
00:14:31.819 --> 00:14:37.172
le teinturier Malon et l’ouvrier bijoutier 
Frankel dirigent la commission du Travail ;

166
00:14:37.172 --> 00:14:42.427
un professeur, Edouard Vaillant, anime la 
commission de l’Enseignement. Et ainsi de suite…

167
00:14:42.427 --> 00:14:48.986
Profitons-en pour dire que si la Commune ne va pas jusqu’à accorder le droit de vote aux femmes – qui n’existe nulle part à l’époque –

168
00:14:48.986 --> 00:14:52.499
elle s’appuie en revanche largement sur les combattantes.

169
00:14:52.499 --> 00:14:57.175
Louise Michel, certainement la plus connue 
des communardes, institutrice de profession,

170
00:14:57.175 --> 00:15:02.521
anime ainsi le comité de vigilance de Montmartre qui sonne l’alarme au matin du 18 mars,

171
00:15:02.521 --> 00:15:08.137
puis elle réclame la réquisition des maisons abandonnées pour y loger les citoyens sans abri

172
00:15:08.137 --> 00:15:11.459
et y établir des asiles où les enfants seront nourris ;

173
00:15:11.459 --> 00:15:18.801
elle propose de fondre les cloches de Montmartre pour en faire des canons ; elle veut la fermeture des maisons de prostitution ;

174
00:15:18.801 --> 00:15:23.306
la prise en charge par la Commune des vieillards, infirmes et orphelins.

175
00:15:23.306 --> 00:15:30.827
L'action de la Commune est donc vraiment le résultat direct de celle des militantes et militants les plus actifs du prolétariat parisien.

176
00:15:30.827 --> 00:15:34.431
Et dans ce genre d’événements, il n'y a pas que les militants de longue date.

177
00:15:34.431 --> 00:15:41.324
Des vocations se font jour, celles et ceux qui sont habitués à être au bas de l’échelle, à obéir sans avoir leur mot à dire,

178
00:15:41.324 --> 00:15:45.513
deviennent capables d’initiatives insoupçonnées et d’un dévouement sans bornes.

179
00:15:45.513 --> 00:15:51.111
N’étant pas liés à la grande bourgeoisie comme les gouvernants et les parlementaires de tous les régimes bourgeois,

180
00:15:51.111 --> 00:15:55.092
les communards ont mis en place 
un Etat d’un type vraiment nouveau.

181
00:15:55.092 --> 00:16:03.800
Marx écrira : « c’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs,  

182
00:16:03.800 --> 00:16:10.372
la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du Travail » 

183
00:16:10.372 --> 00:16:15.045
Pour commencer, la Commune décrète 
la séparation de l’Église et de l’État

184
00:16:15.045 --> 00:16:19.520
et la suppression du budget des cultes, 
c’est-à-dire l’entretien des curés par l’État. 

185
00:16:19.520 --> 00:16:26.146
Elle instaure l’élection, la responsabilité et la révocabilité non seulement de tous ses membres,

186
00:16:26.146 --> 00:16:29.444
mais de la plupart des responsables de l’appareil d’Etat.

187
00:16:29.444 --> 00:16:33.763
L’armée permanente est supprimée et remplacée par le peuple en armes,

188
00:16:33.763 --> 00:16:37.330
qui s’incarne alors dans la Garde nationale. Les différents corps de police,

189
00:16:37.330 --> 00:16:44.330
qui avaient fini par être haïs, sont dissous, et leur autorité transférés aux maires des arrondissements.

190
00:16:44.330 --> 00:16:52.712
On étend aussi le principe électif aux magistrats, c’est-à-dire à la justice.
La Commune met donc fin à la distinction,

191
00:16:52.712 --> 00:16:58.633
si chère à la démocratie bourgeoise, entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif,

192
00:16:58.633 --> 00:17:02.178
qui n’a pas d’autre but que de tromper la population.

193
00:17:02.178 --> 00:17:08.680
Dans la république bourgeoise, l’exécutif exerce le véritable pouvoir, s’appuyant sur un appareil d’État

194
00:17:08.680 --> 00:17:13.363
dont la majorité est composée de hauts fonctionnaires
et de magistrats non élus,

195
00:17:13.363 --> 00:17:19.224
sélectionnés à l’avance et liés à la grande bourgeoisie
par mille liens humains et matériels.

196
00:17:19.224 --> 00:17:27.012
Pendant ce temps, les parlements bourgeois pérorent, discutent sans fin, opposent différents partis qui se disputent les postes lucratifs,

197
00:17:27.012 --> 00:17:34.630
et valident pour la forme les décisions prises par l’exécutif.
La Commune met fin à ce parlementarisme de façade  

198
00:17:34.630 --> 00:17:41.600
et le remplace par un organisme agissant, avec 
une représentativité bien plus large et immédiate. 

199
00:17:41.600 --> 00:17:48.437
Elle va même plus loin, en décrétant dès le 
2 avril que « dans une République réellement démocratique,

200
00:17:48.437 --> 00:17:52.487
il ne peut y avoir ni sinécure 
ni exagération de traitement ».

201
00:17:52.487 --> 00:17:58.217
Le maximum, pour tous les employés aux divers services publics, civils et militaires de la Commune,  

202
00:17:58.217 --> 00:18:05.663
est fixé à 6 000 francs. Par comparaison,  l'ancien directeur des chemins de fer, par exemple, touchait 100 000 francs

203
00:18:05.663 --> 00:18:12.950
On est donc loin  des revenus exorbitants que s'accordent sans scrupule les parlementaires et dirigeants de l’État bourgeois.

204
00:18:13.110 --> 00:18:17.830
La Commune n’aura pas le temps de transformer 
durablement la société, parce que Thiers réussit  

205
00:18:17.830 --> 00:18:22.810
à l’isoler et, dès le début du mois d’avril, 
elle doit se défendre militairement… Se défendre  

206
00:18:22.810 --> 00:18:26.770
non plus contre les Prussiens cette fois, mais 
contre les « versaillais », comme on appelle

207
00:18:26.770 --> 00:18:31.195
le gouvernement de Thiers à Versailles, l’Assemblée 
nationale et l’armée qu’ils mettent sur pied

208
00:18:31.195 --> 00:18:36.190
pour attaquer Paris. Le chancelier prussien, 
Bismarck, fait d’ailleurs libérer 60 000  

209
00:18:36.190 --> 00:18:40.600
prisonniers français pour les y aider, tandis que 
ses troupes, bien que la guerre soit terminée,  

210
00:18:40.600 --> 00:18:45.940
continuent d’encercler le nord et l’est de la 
capitale. C’est une forme d’internationalisme des  

211
00:18:45.940 --> 00:18:50.410
possédants, qui s’entendent parfaitement quand 
il s’agit de déclencher une guerre civile  

212
00:18:50.410 --> 00:18:53.514
contre des travailleurs qui contestent leur domination  

213
00:18:53.514 --> 00:18:54.014
Du 2 avril jusqu’à la fin du mois de mai, les 
Parisiens font donc face à une offensive

214
00:18:54.014 --> 00:18:56.293
de plus en plus massive. Paris est entourée 
de remparts et de fortifications.

215
00:18:56.293 --> 00:19:03.253
Alors les versaillais bombardent tous les jours 
la capitale depuis une position élevée

216
00:19:03.253 --> 00:19:10.363
sur le Mont Valérien et ils enlèvent les forts les 
uns après les autres.

217
00:19:10.363 --> 00:19:15.516
Les officiers communards faits prisonniers sont fusillés sans autre forme de procès,

218
00:19:15.516 --> 00:19:21.730
avertissement du sort qui attend la Commune. Mais les bataillons de la Garde nationale se portent volontaires pour combattre,  

219
00:19:21.730 --> 00:19:26.560
les femmes ne sont pas en reste, elles organisent 
le ravitaillement, le service des ambulances,  

220
00:19:26.560 --> 00:19:31.999
quand elles ne prennent pas elles-mêmes le fusil.
Il faut remarquer que Versailles reçoit

221
00:19:31.999 --> 00:19:37.644
de grosses sommes d’argent de la Banque de France pour financer son armée, à travers ses succursales de  province,

222
00:19:37.644 --> 00:19:43.567
tandis que cette même Banque ne livre à la Commune qu’une toute petite partie des immenses richesses de ses coffres-forts.

223
00:19:43.567 --> 00:19:48.768
La Commune ne songe pas à saisir elle-même
cet argent qu’on veut lui soustraire.

224
00:19:48.768 --> 00:19:53.230
C’est sans aucun doute une erreur de sa part, un manque de clairvoyance.

225
00:19:53.230 --> 00:19:59.746
Malgré ces conditions très difficiles, la Commune, en deux mois à peine, 
va prendre des mesures significatives

226
00:19:59.746 --> 00:20:05.126
qui caractérisent vraiment sa nature et ses buts.
À la tête de la commission du Travail,  

227
00:20:05.126 --> 00:20:09.310
notamment, se trouve un Hongrois, Léo 
Frankel, militant de l’Internationale,  

228
00:20:09.310 --> 00:20:13.780
qui a été élu par le 13ème arrondissement 
et que la Commune a admis en déclarant  

229
00:20:13.780 --> 00:20:18.760
que, comme son drapeau est celui de la République 
universelle, les étrangers qui la servent  

230
00:20:18.760 --> 00:20:24.410
deviennent implicitement ses citoyens.
La commission du travail élabore d’emblée une  

231
00:20:24.410 --> 00:20:29.716
mesure qui porte atteinte à la propriété privée. 
Beaucoup de patrons ayant fermé leurs ateliers,  

232
00:20:29.716 --> 00:20:35.337
elle décide de réquisitionner ces ateliers 
abandonnés au profit des associations ouvrières,  

233
00:20:35.337 --> 00:20:39.069
pour qu'elles relancent la production en 
donnant du travail aux ouvriers.

234
00:20:39.069 --> 00:20:43.268
On confie la mise en œuvre du projet à la fédération 
des chambres syndicales.

235
00:20:43.268 --> 00:20:49.227
Pour Frankel, il s’agit d’ores et déjà de préparer « un passage progressif du mode de production capitaliste  

236
00:20:49.227 --> 00:20:53.960
à un mode de production coopératif. »
La commission du travail interdit les  

237
00:20:53.960 --> 00:20:58.256
amendes prélevées sur les salaires, un système 
qui permettait de taxer les ouvriers

238
00:20:58.256 --> 00:21:04.994
sous les prétextes les plus divers, retards, absences,
tout et n’importe quoi. Un vol légalisé en somme ! 

239
00:21:04.994 --> 00:21:12.593
Puis la Commune interdit le travail de nuit des boulangers.
Les ouvriers boulangers réclament en effet  

240
00:21:12.593 --> 00:21:15.810
que le travail commence seulement à cinq heures du matin et pas plus tôt.

241
00:21:15.810 --> 00:21:21.392
Les patrons protestent, mais la Commune choisit son camp sans hésiter et c’est celui des ouvriers.

242
00:21:21.392 --> 00:21:27.271
Frankel déclare : « c’est le seul décret véritablement 
socialiste qui ait été rendu par la Commune ;  

243
00:21:27.271 --> 00:21:31.490
tous les autres décrets peuvent être plus 
complets que celui-là, mais aucun n’a aussi  

244
00:21:31.490 --> 00:21:37.169
complètement un caractère social. » C’est un 
décret emblématique pour tous les travailleurs. 

245
00:21:37.169 --> 00:21:41.990
La Commune prend aussi le parti des locataires 
contre leurs bailleurs, et celui des petits  

246
00:21:41.990 --> 00:21:47.078
artisans et commerçants contre leurs fournisseurs, 
en étalant le paiement de toutes les échéances  

247
00:21:47.078 --> 00:21:50.000
sur trois années, sans intérêts à payer.

248
00:21:50.000 --> 00:21:54.756
Au début du mois de mai, la question des monts-de-piété soulève un grand débat.

249
00:21:54.756 --> 00:22:01.885
Les monts-de-piété accordent des prêts, généralement modestes, à des gens qui, en échange, déposent leurs objets personnels en gage.

250
00:22:01.885 --> 00:22:08.828
Lorsque le prêt n’est pas remboursé dans le temps imparti, le mont-de-piété « se paye » en revendant les objets en question

251
00:22:08.828 --> 00:22:13.520
Pendant le siège de Paris, la misère 
s’est tellement généralisée qu’on a suspendu  

252
00:22:13.520 --> 00:22:19.490
la vente des objets gagés. La Commune prolonge 
d’emblée cette suspension et envisage de supprimer  

253
00:22:19.490 --> 00:22:24.890
purement et simplement les monts-de-piété, qu’elle 
juge immoraux. Mais ce n’est pas si simple car,  

254
00:22:24.890 --> 00:22:28.864
comme le souligne Frankel, « au bout de quinze 
jours la misère sera toujours la même. »

255
00:22:28.864 --> 00:22:33.280
Il faut d’abord, dit-il, trouver du travail aux ouvriers 
et aux artisans.

256
00:22:33.280 --> 00:22:38.908
En attendant, on adopte une mesure transitoire : les objets de petite valeur, jusqu’à 20 francs,

257
00:22:38.908 --> 00:22:42.175
seront restitués gratuitement à ceux qui le demandent.

258
00:22:42.175 --> 00:22:46.886
La Commune envisage aussi un système d’aides
en cas de chômage ou de maladie.

259
00:22:46.886 --> 00:22:50.977
Elle prend à sa charge les veuves et les enfants
des gardes nationaux tués au combat.

260
00:22:50.977 --> 00:22:55.212
Elle déclare que l’aide aux nécessiteux ne doit plus être « une aumône »

261
00:22:55.212 --> 00:23:02.080
mais « un devoir pour nous, mandataires du peuple, de soulager sa misère, de soutenir son courage, par nos efforts persévérants. » 

262
00:23:02.080 --> 00:23:06.889
Citons aussi une action symbolique, mais qui 
déchaîne la fureur des journaux versaillais :  

263
00:23:06.889 --> 00:23:11.270
la Commune démolit la colonne Vendôme.
Cette colonne avait été érigée par  

264
00:23:11.270 --> 00:23:15.110
Napoléon 1er pour célébrer la victoire 
d’Austerlitz. Pour les communards,  

265
00:23:15.110 --> 00:23:18.230
c’est « un monument de barbarie » 
qui symbolise le militarisme,  

266
00:23:18.230 --> 00:23:22.190
« une insulte permanente des vainqueurs aux 
vaincus. »

267
00:23:22.190 --> 00:23:26.720
Ils revendiquent la fraternité 
des peuples contre la tyrannie des puissants.

268
00:23:26.720 --> 00:23:30.659
Enfin les mesures prises par la Commune dans 
le domaine de l’éducation,

269
00:23:30.659 --> 00:23:36.316
donc d’une certaine façon vis-à-vis de l’avenir, sont 
particulièrement révélatrices de ce qu’elle est. 

270
00:23:36.316 --> 00:23:41.270
D’abord, pour la première fois, elle établit 
l’égalité des salaires entre hommes et femmes  

271
00:23:41.270 --> 00:23:46.550
pour les instituteurs et les institutrices, 
considérant, je cite, que « les exigences  

272
00:23:46.550 --> 00:23:50.720
de la vie sont nombreuses et impérieuses 
pour la femme autant que pour l’homme ;  

273
00:23:50.720 --> 00:23:56.181
et en fait d’éducation, le travail de 
la femme est égal à celui de l’homme » 

274
00:23:56.181 --> 00:24:02.000
Auparavant, le clergé avait la mainmise sur 
l’éducation, il entretenait l’obscurantisme  

275
00:24:02.000 --> 00:24:07.400
et une morale de résignation. La Commune décrète 
- dix ans avant la bourgeoisie - l’instruction  

276
00:24:07.400 --> 00:24:12.524
laïque, gratuite et obligatoire. Le 
délégué à l’enseignement, Vaillant,  

277
00:24:12.524 --> 00:24:15.920
défend même l’idée qu’une éducation 
complète devrait comporter une double  

278
00:24:15.920 --> 00:24:24.050
formation, intellectuelle et professionnelle.
Je cite enfin l’un de ses décrets : « La somme des  

279
00:24:24.050 --> 00:24:28.100
connaissances humaines est un fonds commun dans 
lequel chaque génération a le droit de puiser,  

280
00:24:28.100 --> 00:24:33.039
sous la seule réserve d’accroître le capital 
scientifique accumulé par les âges précédents

281
00:24:33.039 --> 00:24:38.704
au bénéfice des générations à venir. L’instruction 
est donc le droit absolu pour l’enfant,

282
00:24:38.704 --> 00:24:45.640
et sa répartition un devoir impérieux pour la famille 
ou, à défaut, pour la société. » Il dit aussi :  

283
00:24:45.640 --> 00:24:52.363
« Apprendre à l’enfant à aimer et à respecter ses 
semblables ; lui inspirer l’amour de la justice ;  

284
00:24:52.363 --> 00:24:56.770
lui enseigner également qu’il doit s’instruire 
en vue de l’intérêt de tous ; tels sont les  

285
00:24:56.770 --> 00:25:02.707
principes de morale sur lesquels reposera, 
désormais, l’éducation publique communale… » 

286
00:25:02.950 --> 00:25:08.440
Comparez à cet idéal l’esprit étriqué d’un 
Flaubert par exemple, écrivain bourgeois qui hait  

287
00:25:08.440 --> 00:25:15.200
la Commune et est contre le suffrage universel 
aussi bien que l’éducation populaire. Il écrit :  

288
00:25:15.200 --> 00:25:20.330
« L’instruction gratuite obligatoire ne fera 
rien qu’augmenter le nombre des imbéciles…

289
00:25:20.330 --> 00:25:24.576
Le plus pressé est d’instruire les riches qui, en 
somme, sont les plus forts. »

290
00:25:24.576 --> 00:25:30.643
Tout tient dans ces quelques mots : la bourgeoisie d’un côté, prête à tout pour préserver son ordre social,  

291
00:25:30.643 --> 00:25:34.870
à maintenir les exploités dans la misère et 
l’ignorance, et à les massacrer sans pitié quand  

292
00:25:34.870 --> 00:25:40.030
ils relèvent la tête ; le prolétariat de l’autre, 
n’ayant que ses chaînes à perdre et luttant pour  

293
00:25:40.030 --> 00:25:44.616
l’émancipation du genre humain en même temps 
qu’il lutte pour se débarrasser de ses chaînes.

294
00:25:44.616 --> 00:25:50.222
Voilà donc cette Commune que la bourgeoisie 
veut à tout prix renverser et punir ! 

295
00:25:50.222 --> 00:25:55.120
Je ne m’étendrai pas sur sa fin tragique, après 
72 jours d’existence seulement. Le 21 mai,  

296
00:25:55.120 --> 00:25:58.354
l’armée versaillaise réussit à pénétrer dans Paris.

297
00:25:58.354 --> 00:26:04.157
Au cours de la Semaine sanglante, du 21 au 26 mai, 
les versaillais fusillent à tour de bras,  

298
00:26:04.157 --> 00:26:07.690
sans autre forme de procès, tous les 
Parisiens pris les armes à la main ou  

299
00:26:07.690 --> 00:26:12.320
soupçonnés d’avoir combattu. Ils tirent à 
boulets rouges sur les quartiers ouvriers,  

300
00:26:12.320 --> 00:26:15.550
provoquant les premiers incendies dans 
la ville, qu’ils accuseront ensuite les  

301
00:26:15.550 --> 00:26:20.440
communards d’avoir brûlée ! Il leur faut cinq 
jours entiers pour conquérir les barricades qui  

302
00:26:20.440 --> 00:26:25.060
se dressent devant eux. Jardins et cimetières 
sont bientôt envahis de cadavres entassés

303
00:26:25.060 --> 00:26:30.750
les uns sur les autres. Le massacre ne cesse que par crainte
du choléra qui menace de se répandre. 

304
00:26:30.750 --> 00:26:35.040
Aujourd’hui les historiens se disputent encore 
pour savoir combien il y a eu de morts ;  

305
00:26:35.040 --> 00:26:39.591
le chef de l’armée versaillaise, 
lui, parle alors de 17 000 fusillés. 

306
00:26:39.591 --> 00:26:43.960
Et la répression n’est pas finie. On 
arrête 40 000 rescapés du massacre,  

307
00:26:43.960 --> 00:26:48.850
plus de 10 000 sont condamnés par des conseils 
de guerre, à mort ou à des peines de prison,  

308
00:26:48.850 --> 00:26:54.560
4 500 sont déportés en Nouvelle-Calédonie.
La haine de classe de la bourgeoisie qui,

309
00:26:54.560 --> 00:27:00.530
en période de calme politique et social, se dissimule 
sous un vernis de culture, de droit, de morale,  

310
00:27:00.530 --> 00:27:06.110
ressurgit dès que les exploités relèvent 
la tête. Après le massacre de Juin 1848,

311
00:27:06.110 --> 00:27:11.680
la répression de la Commune montre une fois de plus, 
à l’état brut, le vrai visage du capitalisme.

312
00:27:11.680 --> 00:27:18.560
Pour la première fois dans l’histoire, en 1871,
des prolétaires ont donc pris en main la direction de la société. 

313
00:27:18.560 --> 00:27:22.761
Et c’est à juste titre que les symboles de la Commune sont devenus ensuite

314
00:27:22.761 --> 00:27:25.215
les signes de ralliement des 
travailleurs du monde entier,  

315
00:27:25.215 --> 00:27:29.060
à commencer par le drapeau rouge.
Au moment où la Commune a été élue,  

316
00:27:29.060 --> 00:27:33.422
les drapeaux rouge et tricolore flottaient 
encore ensemble dans les rues de Paris.

317
00:27:33.422 --> 00:27:37.711
Mais après les premières attaques des versaillais, 
les communards ont déclaré :

318
00:27:37.711 --> 00:27:42.586
« Aucun édifice particulier ne sera pavoisé
d’un autre drapeau que celui de la Commune ;

319
00:27:42.586 --> 00:27:48.230
en conséquence, les citoyens devront faire disparaître dans 
le plus bref délai le drapeau tricolore qui,  

320
00:27:48.230 --> 00:27:53.750
après avoir été celui de la Révolution, sa gloire, 
après avoir été souillé de toutes les trahisons et  

321
00:27:53.750 --> 00:27:59.463
de toutes les hontes de la part de la monarchie, 
est devenue la bannière flétrie des assassins de Versailles.

322
00:27:59.463 --> 00:28:06.192
La France communarde le répudie. »
Les symboles ont leur importance et, après la Commune,   

323
00:28:06.192 --> 00:28:11.413
la classe ouvrière consciente ne peut plus marier les deux drapeaux
qui se sont trouvés des deux côtés de la barricade. 

324
00:28:11.413 --> 00:28:15.983
Pas plus qu’elle ne peut chanter en toute conscience l’Internationale et la Marseillaise d’ailleurs.

325
00:28:15.983 --> 00:28:20.660
Car c’est au lendemain de la semaine sanglante qu’Eugène Pottier,
élu de la Commune, 

326
00:28:20.660 --> 00:28:24.997
alors qu’il fuyait les conseils de guerre, 
a écrit les paroles de L’Internationale.

327
00:28:24.997 --> 00:28:30.000
Ce chant, qui représente presque à lui seul le programme
de lutte du prolétariat contre la bourgeoisie,

328
00:28:30.000 --> 00:28:34.340
est devenu à bon droit le chant des travailleurs du monde entier.

329
00:28:34.340 --> 00:28:42.880
Alors voilà, si nous tenons à garder bien vivante la mémoire de la Commune, c’est qu’elle a été un jalon essentiel dans l’histoire du mouvement ouvrier. 

330
00:28:42.880 --> 00:28:48.426
Malgré ses limites dans le temps et l’espace, malgré les difficultés dans lesquelles elle a dû se débattre,

331
00:28:48.426 --> 00:28:53.480
malgré quelques erreurs aussi - le fait de ne pas avoir eu une politique offensive contre Versailles,  

332
00:28:53.480 --> 00:28:56.479
de ne pas avoir ouvert les portes de la Banque de France  

333
00:28:56.479 --> 00:29:01.596
– malgré tout cela, 
la Commune comme disait Engels en lui rendant hommage,  

334
00:29:01.596 --> 00:29:05.760
« c’était la dictature du prolétariat ».
Pour la première fois !

